Comment sortir du syndrome de l’imposteur ?

Beaucoup de consultations démarrent par une même demande : travailler sa confiance en soi. Et je constate régulièrement combien l’image que nous avons de nous-mêmes peut être mise à mal.

Au départ : un sentiment de dévalorisation

Parfois, l’atteinte narcissique est liée à un contexte bien particulier et une personne peut se sentir dévalorisée après un licenciement ou un projet échoué, de manière passagère. Elle se demande alors ce qu’elle vaut et remet en cause ce qu’elle fait mais aussi ce qu’elle est.
Mais il arrive qu’indépendamment du contexte et de façon quasi permanente, une personne ne se sente pas à la hauteur, alors qu’elle a parfaitement les capacités pour réussir ce qu’elle entreprend. Elle se dit « je ne serai jamais capable de le faire », « tout le monde va réaliser que je ne suis pas à la hauteur », ou encore « oui, j’ai réussi ça, mais bon, c’est parce que c’était facile ». Et à force de se le dire, elle finit par ne plus oser faire ou ne plus saisir les opportunités.
En psychologie, on appelle ça le syndrome de l’imposteur, mis en évidence en 1978 par les psychologues cliniciennes P. Clance et S. Imes.

Puis se construit le sentiment de ne pas être légitime…

Le syndrome de l’imposteur, appelé aussi le syndrome de l’autodidacte, est ce sentiment de ne pas être légitime ou pas assez à la hauteur, qui touche 60 à 70% de la population au moins une fois dans sa vie. Il s’agit d’un doute maladif qu’ont certaines personnes concernant leurs compétences et qui consiste à rejeter tout le mérite de leur travail. Leur réussite serait liée au facteur chance ou à une erreur, mais pas à leurs capacités. En consultation, j’entends souvent « de toutes les façons, cet examen était surnoté », « j’ai bénéficié de cette promotion par hasard » ou « ils ont dû se tromper dans mon évaluation ».
Kevin Chassangre, Docteur en psychologie, parle de modestie pathologique et donne les trois caractéristiques du syndrome de l’imposteur :

  1.  L’impression de tromper son entourage, qui est fréquente, avec ce sentiment qu’on ne mérite pas l’adhésion des autres et leurs compliments. Elle traduit une peur d’être surestimé ou d’être inadapté dans son domaine d’expertise.
  2. La mauvaise attribution qui consiste à mettre systématiquement son succès sur le compte du hasard, de la chance ou de facteurs externes et à dénigrer ses compétences.
  3. Et enfin, la peur irrationnelle d’être démasqué, que les autres se rendent compte de leur imposture, d’où le nom donné au phénomène.

Ce sont des gens qui sont généralement perfectionnistes, qui ont peur de l’échec (mais paradoxalement, aussi de la réussite car elle les met en avant), qui souffrent d’un complexe d’infériorité et accordent trop d’importance au regard de l’autre et qui finissent par procrastiner par peur de ne pas faire les choses avec excellence.

Un syndrome non pathologique

Ce syndrome n’est pas une pathologie en soi si on en fait l’expérience une fois ou deux dans sa vie et douter de soi à dose modérée est nécessaire pour avancer. Mais à la longue, se déprécier systématiquement est un frein à la réussite, car les croyances que nous avons à propos de nos capacités sont puissantes et très limitantes.

L’auto-sabotage permanent est un signe d’estime de soi défaillante et peut entrainer de l’anxiété et des épisodes dépressifs.

 

Elle empêche les gens de prendre leur place, de développer tout leur potentiel ou même de négocier un salaire.

Syndrome de l’imposteur, plutôt chez les hommes ou les femmes ?

Je ne vous surprendrai pas en mentionnant que ce syndrome touche davantage les femmes, plus sujettes à l’auto-dévalorisation, parce que les stéréotypes sociaux induisent qu’on attend moins des femmes en termes de compétences. Je remarque aussi qu’il touche davantage les jeunes et qu’il a tendance à diminuer avec l’âge et l’expérience, ce qui est logique. Il est aussi culturel et touche davantage les minorités, plus sensibles au sentiment d’imposture.

Mais ce qui me surprend toujours, malgré mes années d’expérience, c’est qu’il touche essentiellement les gens compétents voire très au-dessus de la norme.

Mais pourquoi certains doutent sans cesse d’eux-mêmes alors que d’autres se lancent à l’eau sans réfléchir ?

Lors de la thérapie, on trouve souvent dans l’enfance un attachement insécure avec un manque de soutien familial et de sécurité affective. Or on sait combien celle-ci est nécessaire pour aller explorer le monde, car la sécurité affective précède l’autonomie. Et on voit bien que les enfants qui sont en sécurité affectives vont plus vers les autres et vers les expériences nouvelles. A l’âge adulte, la personne va alors être dans une recherche d’attention positive d’autrui pour contredire sa vision négative d’elle-même tout en craignant en parallèle le rejet ou l’abandon. Et elle va avoir sans cesse besoin de l’approbation d’autrui pour avancer et d’être rassurée pour aller de l’avant.

Alors comment faire pour y remédier ? comment réussir à se percevoir autrement et à déployer ses ailes sans appréhension ?

La première chose à faire est d’identifier les croyances qui se cachent derrière le syndrome de l’imposteur et tout ce que nous avons intériorisé dur comme fer concernant nos capacités et notre identité.
Il y a un travail nécessaire pour restaurer l’estime de soi et l’acceptation inconditionnelle de soi, qui consiste à s’accepter même si nos actions ne sont pas toujours pertinentes et même lorsqu’on ne reçoit pas la validation de l’autre. J’aime dire à mes patients qu’on peut « faire un truc nul, sans pour autant être nul ». Il s’agit de restaurer une image positive et réaliste de ce que nous sommes. Et avoir confiance en soi, ce n’est pas se dire « je suis quelqu’un de bien parce qu’on m’aime » mais c’est pouvoir se dire « ce n’est pas grave si on ne m’aime pas car je sais quelle est ma valeur ».
Comme dans tout, il y a aussi un travail d’acceptation de sa problématique : se reconnaitre comme souffrant du syndrome d’imposteur c’est permettre d’aller vers le changement car l’acceptation est une condition pour le changement.
Il faut aussi apprendre à se reconnaitre comme exigeant voire perfectionniste. Généralement, les personnes touchées ont des valeurs telles que l’équité, le sens de l’effort ou encore l’amour du travail bien fait. Se rappeler que derrière nos symptômes se cachent aussi des valeurs qui font sens, est un bon moyen d’avancer. Et le fait de tolérer la frustration est important, car reconnaitre qu’il est impossible de tout faire parfaitement, c’est déposer le lourd bagage de la quête de la perfection, qui, en plus d’être épuisante, est aussi illusoire.
J’aime aussi travailler avec les gens sur leurs réussites et ce dont ils sont fiers. Bien souvent, ils ont énormément de mal avec l’exercice car ils se souviennent davantage de (ce qu’ils considèrent comme) leurs échecs.

Je dis souvent à mes patients que ce qui permet à un enfant d’apprendre à marcher, c’est bien d’accepter de se casser la figure maintes et maintes fois. Et aucun ne se dit « ah non, puisque je suis tombé, c’est que je suis nul alors mieux vaut ne pas recommencer ».

Plutôt que de refuser toute nouvelle entreprise, toute promotion, toute occasion de se mettre en avant, rappelons nous que les expériences sont toutes nécessaires car « le fondement de la théorie, c’est la pratique » disait Mao Tsé-Toung, et si la connaissance stimule, seule l’expérience enrichit nos compétences ».

Pour aller plus loin, je vous conseille les livres de Kevin Chassangre « le Syndrome de l’imposteur », celui de Tal Ben Shahar « L’apprentissage de l’imperfection » et celui de Christophe André « Imparfaits, libres et heureux ».

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