Comment aider son enfant lorsqu’il est en colère ?

Vous êtes pressés le matin et déjà en retard pour aller travailler et votre petit se roule par terre alors que vous lui demandez pour la énième fois d’aller se brosser les dents ? Dans la salle d’attente du pédiatre, votre enfant pique une colère parce que le petit garçon, à côté de lui, lui a piqué son jouet ?

Si vous êtes parent de jeunes enfants ces scènes vous parlent… Et il faut avouer que si nous sommes animés par l’envie de bien faire, nous ne sommes pas toujours armés des bons outils pour faire face à la colère de nos enfants : on ne comprend pas pourquoi ils se mettent dans tous leurs états, ça a tendance à nous énerver ou à nous submerger, on se sent impuissants et bien souvent, on éclate à notre tour mais en se rendant bien compte que ça ne fait qu’empirer la situation. Pourtant, la manière dont nous allons réagir à ces colères a un impact sur la façon dont nos enfants vont appréhender et accepter leurs émotions et sur la qualité de la relation qu’ils ont avec nous et avec les autres. Car pour devenir un adulte qui va bien, c’est important que votre enfant gère ses emportements. C’est donc important de savoir comment réagir et voici quelques pistes qui pourront vous aider :

1/ Un cerveau immature

Les recherches en neurosciences montrent que le cerveau de l’enfant est encore en plein développement et le cortex préfrontal, zone qui permet de s’adapter à l’environnement, d’analyser les situations et de prendre des décisions, n’arrive à maturation qu’à la fin de l’adolescence. Ce n’est donc pas étonnant que nos enfants aient du mal à réguler leurs émotions. Le siège des émotions intenses se situe dans l’amygdale, centre de la peur, qui déclenche la sécrétion des molécules de stress. Sous stress, elle s’active et déclenche la sécrétion d’hormones qui sont à l’origine de réactions de survie comme l’attaque, la fuite ou l’immobilisme. Chez l’adulte, l’amygdale est tempérée par le cortex car il possède les structures cérébrales qui le lui permettent. Et si votre enfant ne peut pas contrôler ses émotions, ce n’est pas qu’il ne le veut pas, mais qu’il n’en est pas capable.

2/ L’expression des besoins n’est pas un caprice

Avant 4-5 ans, il n’y a pas de caprices chez l’enfant, mais uniquement l’expression de besoins. La crise est une tempête émotionnelle en réaction à une impossibilité à satisfaire ses besoins fondamentaux. C’est essentiel de comprendre cela car plus l’adulte réagit avec colère, punit ou crie, plus l’enfant se sent en insécurité affective et a encore plus de mal à réguler ses émotions, et l’éducation par la peur est très nocive. Privilégiez l’écoute active et l’acceptation des émotions : « tu as le droit d’être en colère », « je vois que tu es énervé ». Mettre des mots sur ce que l’enfant ressent lui apprend à pouvoir en mettre plus tard, et lui permet de savoir que s’il y a un mot pour cela, c’est que cette émotion existe et qu’elle est légitime. Vous pouvez utiliser aussi La Roue des Emotions qui est un bon support pour que l’enfant verbalise ce qu’il ressent (j’utilise avec mes jeunes patients celle conçue par l’Autrement dit, mais vous pouvez aussi en réaliser une vous-même). Dire à l’enfant « ça suffit, calme-toi » est contre-productif car le refus de son émotion va en augmenter l’intensité ou pire, l’habituer à refouler ses émotions. Le livre de Marshall B. Rosenberg, « Les mots sont des fenêtres », est un excellent ouvrage qui développe le concept de communication bienveillante, et donne des pistes pour apprendre à chacun à être à l’écoute des besoins de l’autre tout en étant à l’écoute de ses propres besoins.

3/ Accepter les émotions

Lorsque vous permettez à l’enfant de dire ce qu’il ressent et pourquoi il est en colère et que vous lui montrez que vous acceptez ce qu’il ressent, ne cherchez pas à tout prix à opposer une logique à ce qu’il ressent. Des phrases telles que : « ton copain a refusé de te prêter son jouet ? c’est normal, toi aussi tu ne lui a pas prêté les tiens la dernière fois… » ne va pas aider votre enfant, même si c’est vrai ! Mais reformuler ce qu’il vient d’exprimer lui permet d’aller encore plus loin et de trouver lui-même la solution. Le livre de A. Faber et E. Mazlish, « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent », est un livre remarquable pour ses outils concrets qui encouragent l’enfant vers l’autonomie. Je me sers souvent d’exemples tirés de ce livre pour aider les familles à désamorcer des conflits.

4/ Respecter les émotions

Si l’enfant refuse de parler et boude, exprimez que vous comprenez, que vous l’aimez et que vous serez toujours disponible lorsqu’il aura envie de parler, plus tard. Vous pouvez aussi utiliser un objet transitionnel, un doudou ou une peluche pour le « faire parler » à votre enfant. Vous imaginerez un dialogue interactif et il sera plus facile d’entrer en contact avec votre enfant de cette manière. Ce personnage pourra dire à votre place tout ce que votre enfant n’a pas envie d’écouter venant de votre part, tout en respectant ses émotions. Utilisez des métaphores et captez l’attention de votre enfant avec votre imaginaire.

5/ L’importance des mots

Utilisez le mot Stop à la place de Non : le Non induit une notion d’opposition et un enfant en colère a beaucoup de mal à supporter qu’on s’oppose à lui. Le mot Stop présente l’avantage d’arrêter l’enfant dans son élan. Rappelez-vous qu’aider votre enfant à réguler ses émotions ne signifie pas bannir les règles. Au contraire, rappeler les règles avec calme et fermeté donne un cadre rassurant à votre enfant.

6/ Démystifier la colère

Proposez à votre enfant des solutions qu’il pourra utiliser seul en cas de débordement émotionnel. Des exercices de respiration ou des mouvements de relaxation peuvent être présentés en amont des colères, et des livres pour jeunes enfants (comme les livres de la collection « Les émotions de Gaston») peuvent vous aider. Parler de la colère dans les moments calmes en proposant des outils pertinents permet à l’enfant de savoir que la colère est une émotion universelle.

7/ Faire des câlins

Recevoir des câlins est un besoin fondamental et si ça ne plait plus beaucoup aux adolescents, les enfants en bas âge sont rassurés et contenus pas les caresses. Un enfant qui réclame un câlin a besoin de cette proximité pour sa sécurité affective. Le câlin offre à l’enfant comme une enveloppe qui l’aide à apaiser ses tensions. Et faire un câlin à votre enfant lorsqu’il est en colère ne vas pas le rendre dépendant de vous ou capricieux mais au contraire, lui donner le sentiment de sécurité relationnelle qui lui permettra d’être autonome.

 

Pour finir, je voudrais dire que bien souvent, les parents que je reçois insistent sur leur volonté de rendre leur enfant autonome, dès son plus jeune âge, pour qu’il se débrouille seul et ne soit pas dépendant. Ils ont peur d’être « trop gentils » avec leur enfant, de « trop » lui donner et de « le rendre capricieux ». Aussi, j’explique souvent que ce qui permet l’autonomie, c’est la sécurité affective. Plus un enfant se sent en sécurité dans la relation, plus il sera capable d’autonomie et d’une meilleure gestion de ses émotions.

Pour J. Bowlby, psychiatre connu pour ses travaux sur la Théorie de l’attachement, l’attachement est la relation qui s’établit entre l’enfant et la personne qui s’en occupe principalement. Pour le bon développement de l’enfant, cette relation doit être de qualité et apporter des réponses à ses sollicitations et à la recherche de la satisfaction de ses besoins. L’enfant a alors une sécurité qui lui permet d’explorer le monde et les autres. C’est donc parce qu’il est en sécurité, qu’il est autonome…et non l’inverse.

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